Les parties du discours n°1

Grammaire – Les parties du discours - Notes Caro

I) Les actualisateurs du substantif

A) Actualisation et réalisation

1. Dans le lexique d'une langue, les substantifs n'indiquent que des généralités. Par exemple, "table" ne désigne pas un objet particulier mais tous les objets que cette étiquette peut recouvrir.

Les substantifs dans le lexique sont disponibles :

- mémorisés par le sujet parlant

- classés dans le dictionnaire

- appartenant au plan paradigmatique (axe des choix)

Lorsqu'on parle, on fait entrer ces substantifs dans une chapine parlée, selon un ordre demandé par les règles de la syntaxe. Ils entrent alors dans le plan du syntagmatique. Ce passage de la langue au discours, nous l'appelleront ACTUALISATION.

2. Une fois passés dans le discours, les substantifs peuvent ou bien continuer à désigner des généralités, ou bien désigner des individus ou des objets précis. Ils peuvent être virtuels, comme dans la langue, ou bien réels, selon l'apposition :

Ex : L'arbre est le plus bel ornement de tout jardin. à GENERAL (virtuel)

Cet arbre reste vert en toute saison. à PRECIS (réel)

Ce passage du virtuel au réel est souvent appelé actualisation. Pour éviter toute amiguïté, nous le nommeront REALISATION.

B) Le nombre et la réalisation

1. Soit 3 phrases :

- Ø Chat échaudé craint l'eau froide.

- Un chat échaudé craint l'eau froide.

- Le chat échaudé craint l'eau froide.

On remarquera le caractère virtuel du substantif CHAT dans ces 3 exemples : il ne s'agit pas d'un chat, mais de tout chat possible. Or, ce substantif est tantôt employé sans article, tantôt avec l'article défini, tantôt avec l'article indéfini.

Cela signifie que la présence de l'article défini équivaut à peu près dans ce cas à son absence.

On remarquera en outre que si l'on fait passer ces phrases au pluriel, CHAT à CHATS, désigne tous les chats possibles pouvant être classés dans cette catégorie d'animaux. Aussi peut-on poser que dans le virtuel, l'article est neutralisé (LE = UN = Ø) et aussi que la catégorie du nombre y est ignorée (sing. = pl.). Cela signifie que la catégorie du nombre (sing., pl.) est la condition nécessaire et suffisante de cette réalisation.

Barrière du nombre

Ø chat

Un chat, des chats

UN chat

Le chat, les chats

LE chat


Le trait vertical équivaut à la barrière du nombre : à droite de cette barrière, l'opposition sing. / pl. est signifiante, on est dans le REEL.

A gauche, cette opposition n'est pas sgnifiante on est dans le VIRTUEL (ici, l'article n'a aucune valeur). Ainsi, l'article marquait le substantif comme réel; l'absence d'article le marquant comme virtuel.

2. En français moderne, l'article a pratiquement envahi la presque totalité du domaine du degré zéro. Conséquences : dans une large mesure, l'opposition première "virtuel / réel" a été neutralisé. Ainsi, le degré zéro de l'article a cédé devant la généralisation de l'article devenu l'accompagnateur du substantif.

Remarque : Ce degré zéro a résisté partout où il assurait une opposition systématique pertinente.

Ex : avoir peur, demander grâce, voyager sans billet, etc.

Les proverbes sont des constructions anciennes figées et comme telles, connaissant la coïncidence "virtuel / article zéro".

Ex : Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée.

C) L'article défini

" Un homme de 18 ans, à longs cheveux et qui tenait un album sous le bras, restait auprès du gouvernail, aimmobile." Flaubert.

1. On peut le définir comme l'article d'absence de notoriété: il désigne un objet réel, pas encore nettement identifié. Sa valeur essentielle est une valeur de présentation.

2. "Un homme averti en vaut deux", mais l'article indéfini peut accompagner un substantif actualisé mais non réalisé désignant une notion, un concept, une catégorie. Il a alors une valeur généralisante. La valeur de l'article indéfini est alors, dans ce cas, proche de celle de l'article défini neutralisé : la valeur est identique, seul diffère le sens du mouvement par lequel on l'atteint (du général au particulier et du particulier au général).

3. "La fréquentation des grands hommes m'avait convaincu qu'on ne saurait être écrivain sans devenir illustre. Par moments j'arrêtais ma main, je feignais d'hésiter pour me sentir, front soucieux, regard halluciné, un écrivain." Sartre.

L'article indéfini a aussi d'autres valeurs, dont la valeur spécifiante. En position d'attribut ou d'apposition, le substantif se présente généralement sans article. Si on en met un, le substantif qui marquait une qualification marque alors une individualité.

4. Usage stylistique. La valeur emphatique peut accompagner l'article indéfini; à la valeur de réalisation s'ajoute alors l'expression de la qualité (ex : "Une beauté!") ou de la quantité (ex : "Un monde!") et par antiphrase, "une beauté!" peut être ironique (péjoratif). Le ton est évidemment important.

Parmi les jeux stylistiques, le remplacement du notoire par le transitoire est l'un des plus courants.

"Maître corbeau sur un arbre perché

Tenait en son bec un fromage

Il ouvre un large bec…"

5. La langue actuelle a tendance à abuser de l'indéfini, ce qui a pour conséquences de tendre à neutraliser l'opposition notoire / transitoire. On retrouve, par exemple, des indéfinis où ils n'ont que faire et sans qu'ils jouent aucunement un rôle stylistique. Cet abus va jusqu'à l'incompréhension.

Ex : La ville s'était parée d'un manteau blanc qui ne pavorisa pas une intense circulation sur la Nationale 20.

Le contexte marque en effet que la circulation est intense.

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