Les temps de l'indicatif

Les temps de l’indicatif

 

1.    Le présent

 

1.1.       Essai de définition

 

1.1.1.                     Définir la notion de présent n’est pas chose aisée, l’expression « moment de la parole », dont on se sert généralement, reste une approximation commode mais un peu lâche, dans la mesure où ce moment, difficile à délimiter nous fuit sans cesse. Pourtant « chacun, du reste, perçoit à priori que le présent se recompose dans l’esprit pour partie de l’instant qui vient de s’écouler et pour partie de l’instant qui va s’écouler » (de Guillaume).

1.1.2.                    Guillaume appelle « chronotype » W, parcelle de temps que le passé emporte avec soi et chronotype a, celle que le futur apporte avec soi. Dès lors, on peut faire le schéma suivant :

 

 

 

1.1.1.                     Ces chronotypes constituent chacun une coupure nécessaire pour séparer le présent du passé et pour séparer le présent de l’avenir. La juxtaposition de ces deux chronotypes est la condition nécessaire et suffisante pour séparer le présent du passé et de l’avenir, pour concevoir, par conséquent, le présent. En langue, cela se traduit par la présence d’une seule force temporelle : le présent qui, selon une variation d’aspect donne deux tiroirs verbaux : le présent de l’inaccompli (futur appelé présent) et le présent de l’accompli (passé composé).

 

1.2.       Valeur d’aspect du présent

 

1.2.1.                    D’après ce qu’on vient de voir, la valeur d’aspect du présent est toujours celle de l’action en train de s’accomplir. Et cela, quel que soit l’étendu du temps que ce terrain verbal exprime.

 

Exemple :

 

è Le chien avoie (il donne en cet instant où je parle, un aboiement).

è Le (Valeur généralisante = proverbe) chien aboie = Caractéristique du chien, de n’importe quel chien d’attaque.

 

 

 

Entre un et deux, il n’y a qu’une différence de quantité de point de vue de la période de temps envisagé : pour qui coïncide avec le moment de la parole et pour qui coïncide avec le moment de la parole de l’humanité.

 

1.1.1.                     Le présent peut s’accompagner d’un certain nombre d’expressions d’aspects secondaire.

 

Exemple :

 

 Il sort le (distributive, habitude) jeudi = Il sort chaque jeudi.

 

C’est donc un aspect d’habitude.

 

                                     Il dort depuis hier (« Il dort encore »).

 

C’est une continuité dans une période de temps plus ou moins longue, plus ou moins limitée.

 

                                     Cet homme boit / Il est brun.

 

                                                            Il s’agit du présent d’état.

 

On a toujours besoin d’un plus petit que toi – Deux et deux font quatre – La Terre tourne autour du soleil.

 

Il s’agit d’une vérité générale et donc cette vérité générale et les faits d’expérience donnent le présent d’omnitemporalité, celui des proverbes, des maximes et des définitions.

 

Dans tous ces exemples, un aspect particulier accompagne la valeur d’inaccompli qui, elle, demeure en permanence.

 

1.2.       Les valeurs temporelles du présent

 

1.2.1.                    Le présent exprime l’époque présente mais les parcelles de temps qui composent le présent peuvent être si différents en étendu que cette époque présent peut être ponctuelle ou omnitemporelle.

1.2.2.                   è Ayant un pied dans le passé, le présent peut exprimer le passé récent.

 

Exemple :

 

-         Je sors à l’instant (Indicateur du contexte) de chez le dentiste : c’est donc l’expression du passé.

 

 Exemple :

 

Ervine fût repêchée mais elle déclara (passé simple) que François l’avait jeté (plus-que-parfait) bas. Les bonnes forcent (forcèrent) sur moi ; je cours ; je leur échappe ; je cours me barricader dans la cave de la raison ; l’armée (…). Mon père et ma mère était heureusement sortis (Chataubriand).

 

Le présent peut exprimer le passé éloigné mais sa nature est alors différente du présent traduit du passé qu’on vient d’évoquer. Par un procédé de style on peut présenter comme s’il était pour un fait qui appartient au passé : c’est le présent historique des romanciers et des historiens.

 

1.2.3.                   Le présent peut servir à l’expression du futur ; ayant ainsi un pied dans le futur, le présent est apte à traduire des faits qui appartiennent à un futur proche.

 

Exemple :

 

Je pars en voyage demain (indicateur du contexte).

 

Il peut même traduire des événements plus éloignés dans le temps. Notamment quand il présente comme présent les événements à venir par effet de style. C’est donc le présent prophétique, celui dont Rabelais tire à la fois un effet comique et moral lorsque évoquant les futures conquêtes de Pichrocole, il les présente comme actuel. Puis grâce au passé composé et au passé simple comme passé et enfin comme présente pour marquer la fin de l’expédition.

 

 

 

Exemple :

 

Mais, dit-il, que fait cependant la patrole notre armée qui déconfit ce vilain humeux de Grandgousien ? Ils ne chôment pas, dirent-ils, nous les rencontrerons tantôt. Ils vous ont pris Bretagne, Normandie (…) Ils ont passé le Rhin (…). Ce fait conquérèrent les Iles Orchades et subjuguèrent Ecosse, Angleterre et Irlande. De là (…) ont dompté et vaincu Prusse (…) Turquie et sont à Constantinople.

 

Remarque :

 

Derrière « si » marquant la condition en rapport avec un verbe principal au futur, le présent exprime un futur, son emploi est obligatoire.

 

Exemple :

 

Si dans 100 ans (contexte), on va (présent) sur toutes les planètes, que nous restera (futur)-t-il à conquérir ?

 

1.3.             Les valeurs modales du présent

 

1.3.1.                    Exemple :

 

Si (condition : éventualité) tu viens demain, je serais (futur) content.

 

Le présent exprime l’éventualité.

 

                                    Exemple :

 

Au début du match, s’ils jouaient plus vite, ils gagnent (Cette phrase a été entendue à la sortie d’un stade).

-->

On spécifie un match et un matche, cela veut dire qu’ils ont perdu donc, cette affirmation est irréelle puisqu’elle n’a pas lieu.

 

La langue, très familière, a tendance à généraliser l’emploi de présent dans le système hypothétique de français. Il arrive alors que le présent marque, non plus l’éventualité dans le présent ou le futur, mais l’irréel dans le passé.

 

 

1.1.1.                     Exemple :

 

Un pas de plus, il tombe è S’il fait (Il faut que cela se passe) un pas de plus, il tombera (futur).

 

La valeur d’éventualité se rencontre dans le système hypothétique qui masquée, que sont des expressions telles que (voir exemple).

 

1.1.2.                    Exemple :

 

Veux-tu bien descendre, petit vaurien !

 

Avec le verbe « vouloir » et accompagné d’une intonation exclamative, le présent peut prendre la valeur d’impératif.

Cette modalité impérative est souvent vendue dans la langue familière par le ton accompagnant une forme de présent sans inversion du sujet.

 

« Tu descends, hein ! » è à la place de « descends ».

 

1.2.             Remarque

 

Le nouveau roman fait une place de choix au présent de l’indicatif (choix idéologique).

 

  1. L’imparfait

 

2.1.       La valeur de base de l’imparfait

 

2.1.1.                    Temps du passé, l’imparfait se distingue des auteurs temps du passé par sa valeur d’aspect. C’est le tiroir verbal que marque l’inachevé. Il exprime une action passée sous l’aspect de la durée.

Il la prend comme une part d’accompli et une part d’inaccompli. Il ne marque ni le début, ni la fin de l’action évoquée.

 

2.1.2.                   La valeur de base de l’imparfait c’est l’expression de l’action en cours de déroulement.

 

Exemple :

 

Jean jouait dans la cuisine.

 

2.1.3.                   A partir de cette valeur de base, l’imparfait a vu des emplois s’élargir pour exprimer :

a.       Exprimé un fait qui se répète dans le passé.

 

Exemple :

 

Quand il voyait le soleil, il renaissait.

 

Ce fait peut connaître une répétition systématique, l’imparfait exprime donc une habitude.

 

Exemple :

 

Quel que soit le temps, quelle que soit la saison, tous les jours, il gravissait la colline.

 

b.      Un fait continu dans le passé : un imparfait de description.

 

Exemple :

 

Nicole avait des cheveux blonds.

 

Un imparfait marquant l’état.

 

Exemple :

 

Les premiers hommes vivaient dans les cavernes.

 

2.2.       Les valeurs temporelles de l’imparfait

 

2.2.1.                   Par rapport au passé simple qui marque une action inachevée dans le passé, l’imparfait décrit les événements antérieurs, contemporains et postérieurs. Décors sur lequel se détache l’action exprimée au passé simple.

 

Exemple :

 

La lampe brûlait toujours, il s’endormit soudain.

 

2.2.2.                  L’imparfait peut exprimer un futur rapproché

 

Exemple :

 

J’étais parfaitement rassuré, mon frère arrivait dans une minute (= il allait arriver)

.

 

2.2.3.                  Il exprime un passé rapproché

 

Exemple :

 

Nous arrivions à peine (= nous venions d’arriver) lorsque l’orage a éclaté.

 

2.2.4.                  Il a la valeur du présent de l’indicatif dans les subordonnées de style indirect…

 

Exemple

 

Je lui disais que je n’aimais pas les cerises (= je lui disais : « je n’aime pas les cerises »).

 

… et de style indirect libre.

 

Exemple :

 

Jean se mit à pester contre tout. Le soleil était vif. La maison était trop petit et ses propriétaires trop désagréables.

 

Les propositions à l’imparfait rapportent les paroles de « Jean » sans le secours du style direct ou indirect.

 

2.2.5.                  Et enfin, l’imparfait peut exprimer un sel fait qui a eu lieu à un moment déterminé du passé.

 

Exemple :

 

A partir de ce moment, Jean fut très malheureux ; il mourrait l’année suivante, le jour de son anniversaire. C’était le 1er novembre 1958.

 

Dans ce type de phrase, l’opposition entre l’imparfait et le passé simple s’estompe. On rencontre souvent cet imparfait dit pittoresque au début d’une histoire ou d’un récit, après une série de passé simple pour attirer l’attention sur une action qui seront peut être passée inaperçue au passé simple.